Niger : la « restauration des bases productives », nouveau pilier de la refondation nationale

Une photo de groupe réunissant des adultes et des enfants lors du Forum national de l'Arbre à Niamey. Au premier plan, de nombreux enfants assis autour d'un jeune arbre en pot symbolisent la jeunesse et l'avenir écologique. Derrière eux, un groupe d'officiels, de dignitaires, de militaires et d'experts, hommes et femmes, se tient debout devant un mur de logos de partenaires. L'ambiance est officielle et collective, soulignant l'engagement pour l'environnement.

Niamey, 27 août 2026. C’est au Centre international de conférences Mahatma Gandhi que s’est ouverte, ce mercredi, la quatrième édition du Forum national de l’Arbre. Jusqu’au 29 août, institutions publiques, chercheurs, collectivités territoriales, partenaires techniques et financiers, société civile et jeunesse se retrouvent autour d’un thème dont l’ambition dépasse largement la simple plantation d’arbres : « la restauration des bases productives, pilier de la refondation au Niger ».

Porté par l’Initiative pour l’Arbre, mouvement citoyen de bénévoles engagés sur les questions climatiques, ce rendez-vous s’impose désormais comme un espace de dialogue entre science, action de terrain et décision publique.

Un thème pensé comme un chantier d’État

Dans son allocution, le directeur général des Eaux et Forêts, représentant le ministre de l’Environnement, de l’Hydraulique et de l’Assainissement, a situé ce thème au cœur de la lettre de mission confiée par les plus hautes autorités du pays. Pour lui, parler de restauration des bases productives revient à parler, dans le même mouvement, de sécurité alimentaire, de recharge des nappes phréatiques, de biodiversité, de création d’emplois et, en définitive, de l’avenir du pays. Il a insisté sur une idée forte : lorsqu’une terre perd sa fertilité, ce n’est pas seulement un problème environnemental, c’est une capacité de production tout entière qui s’effondre. La restauration ne doit donc plus être perçue comme une simple opération de conservation, mais comme un véritable investissement productif, restaurer pour produire, produire pour améliorer les conditions de vie des populations.

Le responsable a également plaidé pour une évolution des pratiques de plantation : planter ne doit plus être une fin en soi, mais le point de départ d’un processus rigoureux, exigeant un choix d’essences adapté aux réalités écologiques locales et un véritable suivi de la survie des plants; un modèle associant protection et apport en eau ayant déjà été expérimenté lors des précédentes journées nationales de l’arbre.

« Restaurer les terres, c’est restaurer la capacité de produire (…) Planter n’est pas une fin en soi. Planter doit être le commencement d’un processus. » Le Directeur général des Eaux et Forêt, le Chef de corps, le Colonel Laouali Samaila, représentant le Ministre en charge de l’environnement

Niamey, capitale-témoin de l’équilibre entre urbanisation et environnement

S’exprimant au nom du gouverneur de la région, le général de division Assouman Abdelharouna, le secrétaire général de la région de Niamey a pour sa part rappelé la position particulière de la capitale centenaire, à la fois pôle de concentration humaine et économique et territoire soumis à une forte pression sur ses ressources. Il a appelé à une urbanisation qui n’oppose pas croissance et préservation, plaidant pour une gouvernance territoriale capable d’identifier où produire, où préserver et où aménager. Il a par ailleurs esquissé une vision économique de la restauration; production de plants, gestion des déchets, agriculture urbaine; comme niches d’emplois pour la jeunesse, avant d’appeler à un « pacte territorial de restauration » associant État, collectivités, chercheurs, secteur privé et société civile, chacun selon sa responsabilité propre.

« Sur quelle base voulons-nous construire le Niger de demain ? Le Niger de demain se construira dans les territoires d’aujourd’hui. » Le secrétaire général de la région de Niamey, Moussa Moctar.

La science appelée en renfort

Le monde universitaire a également pris toute sa place dans les échanges. L’université de Tillabéri, désignée comme cadre scientifique du Forum, a présenté les contributions qu’elle entend apporter : caractérisation des sols, identification des espèces adaptées, suivi de la croissance des plants et évaluation des impacts écologiques et socio-économiques des actions de restauration. L’établissement a mis en avant un partenariat de formation de plusieurs milliers de jeunes à l’entrepreneuriat lié à la restauration des sols, mené avec des partenaires internationaux, ainsi qu’un principe clair : aucune contribution financière n’est exigée des partenaires, seul le matériel de formation étant sollicité, celui-ci restant ensuite acquis à l’université.

« Face à la dégradation des terres et au changement climatique, planter ne suffit pas. » Le Recteur de l’Université Boubacar Bâ de Tillabéri, Karimou Boureima.

Dans la même logique, le secrétaire général du ministère en charge de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a rappelé que face à la dégradation des terres, à la désertification et à la variabilité climatique, le pays ne peut plus se contenter de réponses ponctuelles. Il a appelé à mobiliser davantage laboratoires et universités pour produire des connaissances et des solutions ancrées dans les réalités nigériennes, en particulier sur les espèces forestières adaptées aux différents écosystèmes du pays.

« Nous devons nous appuyer sur la science, la recherche, l’innovation et les savoirs endogènes. » Le secrétaire général du ministère en charge de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Pr Moussa Talibi.

L’Initiative pour l’Arbre, du bénévolat vers le partenariat structuré

Fondateur et président de l’Initiative pour l’Arbre, le docteur Bachirou Bodo a présenté un mouvement fort aujourd’hui de plusieurs milliers de bénévoles répartis dans l’ensemble des régions du pays. Il a insisté sur un principe fondateur de l’organisation : planter ne suffit pas, l’entretien des arbres plantés en est le prolongement indispensable.

« Il ne sert à rien de planter des arbres et de leur tourner le dos. » Dr Bodo, président de l’Initiative pour l’Arbre Parmi les initiatives citées figurent un programme de formation de jeunes « ambassadeurs climat », des campagnes de plantation auprès des populations sinistrées des inondations, avec un taux de réussite revendiqué proche de 99 % ainsi que des projets de compostage destinés à nourrir les plantations.

Le président de l’Initiative a par ailleurs annoncé une évolution stratégique : à partir de 2027, le mouvement, jusqu’ici financé essentiellement par la mobilisation de ses propres membres, s’ouvrira pleinement à des partenariats structurés afin de changer d’échelle dans la mise en œuvre de ses actions.

La jeunesse, actrice plus que simple bénéficiaire

D’un discours à l’autre, un même appel revient : sortir la jeunesse d’un rôle de simple participante pour en faire une actrice à part entière de la restauration. Les intervenants ont plaidé pour que les jeunes soient associés à la conception des solutions, accompagnés dans l’entrepreneuriat vert et reconnus comme une force motrice de la transformation environnementale du pays, au même titre que les femmes, présentées comme actrices majeures de la gestion quotidienne des ressources naturelles.

Trois jours pour transformer la réflexion en action

Ouverte par une première journée consacrée à la science et à l’innovation, cette quatrième édition doit se conclure le 29 août par des recommandations que les organisateurs souhaitent voir capitalisées par les pouvoirs publics. Au fil des allocutions, un même horizon a été tracé : faire de chaque territoire un acteur de la refondation, et de la restauration des bases productives non pas une conséquence de cette refondation, mais l’un de ses fondements.

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