Souveraineté alimentaire au Niger : le ministre trace un cap ambitieux

Portrait en gros plan du Colonel Mahaman Elhadj Ousmane, en uniforme militaire bleu, portant des lunettes et un béret, s'exprimant avec un geste de la main lors d'un plateau télévisé sur fond vert.

Dans un grand entretien exclusif accordé à Télé Sahel, le Colonel Mahaman Elhadj Ousmane, Ministre de l’Agriculture et de l’Élevage en poste depuis le 9 août 2023, a présenté une feuille de route ambitieuse pour le secteur rural. Entre réformes structurelles, innovations technologiques et projets d’envergure, le ministre affiche une détermination sans faille pour libérer le Niger de sa dépendance alimentaire.

Un héritage complexe, une vision refondée

Le Ministre a débuté son intervention par un rappel historique des politiques agricoles depuis l’indépendance, marquées par une alternance de succès et de périodes de léthargie liées à l’instabilité institutionnelle. Aujourd’hui, sous l’impulsion du Programme de Refondation pour la République (PRR), le secteur rural bénéficie d’une priorité absolue. « L’agriculture est pour le Niger ce que le cœur est pour le corps », a-t-il affirmé, soulignant que 80 % de la population dépend directement de ce secteur.

La « Grande Irrigation » : Le fer de lance de la production

L’innovation majeure reste le Programme Grande Irrigation (PGI). Conscient de l’immense potentiel hydrique du pays (11 millions d’hectares de terres irrigables et 600 milliards de m³ d’eaux souterraines renouvelables), l’État a décidé de passer à l’échelle supérieure.

  • Objectif Riz : Le PGI ambitionne d’aménager ou de réhabiliter près de 39 700 hectares d’ici 2025. Cela devrait permettre de produire environ 481 000 tonnes de riz paddy, couvrant ainsi une part substantielle des importations nationales.
  • Diversification : Au-delà du riz, le programme intègre les cultures pluviales et irriguées comme le maïs et le blé, notamment dans la région d’Agadez.

Recherche et Innovation : Vers une autonomie technologique

Le ministre a insisté sur la nécessité de moderniser les outils de production pour rompre avec « l’étape de la houe et de l’ilaire ».

  • Souveraineté des semences : L’Institut National de la Recherche Agronomique du Niger (INRAN) a été instruit de vulgariser des variétés performantes. Un succès notable a été enregistré avec l’expérimentation de semenceaux de pommes de terre in vitro, permettant d’envisager une réduction de 25 à 50 % des importations d’ici quatre ans.
  • Engrais locaux : Pour pallier les coûts élevés, des discussions sont en cours pour l’implantation d’unités de production d’engrais minéraux et organiques directement au Niger.
  • Mécanisation : Une usine d’assemblage de tracteurs est en projet à Niamey, en partenariat avec des structures privées indiennes et américaines, afin de fournir du matériel adapté aux sols nigériens.

Élevage : Modernisation de la chaîne de valeur

Le Niger, puissance pastorale avec 62 millions de têtes de bétail, doit désormais transformer ce potentiel en richesse économique réelle.

  • Amélioration génétique : Un Centre National d’Amélioration Génétique a été créé en décembre 2025 pour augmenter la productivité laitière et bouchère des races locales (Azawak, Kouri).
  • Infrastructures : La finalisation de l’abattoir frigorifique de Maradi (prévue pour décembre 2026) et la modernisation de celui de Niamey sont des priorités pour exporter de la viande à forte valeur ajoutée plutôt que du bétail sur pied.
  • Santé Animale : Le LABOCEL sera entièrement restructuré d’ici avril 2027 pour devenir une industrie vaccinale de pointe capable de servir la sous-région.

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Défis sécuritaires et résilience

Malgré les attaques terroristes visant à saboter la production en brûlant des greniers et en volant le bétail, le Colonel Ousmane a salué la résilience des populations et l’appui constant des Forces de Défense et de Sécurité. Pour protéger les cultures, le ministère envisage l’acquisition de drones de protection des végétaux, une technologie plus agile et économique que l’aviation classique.

Un avenir tourné vers l’exportation

Le Ministre a conclu sur la volonté de structurer les filières « oignon » et « sésame ». L’objectif est clair : faire du Niger un « hub d’exportation » en maîtrisant la conservation et la transformation locale, garantissant ainsi que la valeur ajoutée profite avant tout aux paysans nigériens.

« Le Niger est sur de bons rails. La refondation est en marche », a martelé le ministre, appelant à une gestion rigoureuse et transparente pour atteindre une autosuffisance alimentaire pleine et entière.

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